BasedPOP

par Daniel Seligman

Comment écrire un texte réfléchi sur Lil B sans tomber dans les clichés au sujet de l’Internet, banalités souvent suranalysées et dépassées? En fait, c’est loin d’être facile. Donc pour commencer : fuck les memes et fuck les médias sociaux.

Mais tout d’abord, un peu de contexte pour ceux qui ne sont pas familiers avec la légende. Lil B, né Brandon McCartney, connait son premier succès dans le monde du hip-hop à tout juste 16 ans avec son groupe The Pack. La formation fait paraître un premier album, Based Boys, sous étiquette Jive Records en 2007. Dans l’industrie de la musique, c’est il y a cent ans. On se trouve alors à l’époque où MySpace domine le paysage virtuel. Après avoir fait une croix sur The Pack, B décide de faire cavalier seul et de se distancier de « l’industrie de la musique ». Il se met à créer des centaines de pages MySpace pour faire la promotion des milliers de chansons qu’il lance sans cesse. Dans son studio maison, il enregistre un nombre exponentiel de pièces éclectiques à la basse profonde, parfois grivoises, toujours pleines d’humour et de swag. Ainsi, il se trouve à l’avant-garde de cette façon révolutionnaire de faire paraître sa musique et d’établir un rapport avec ses fans. L’omniprésence de B sur twitter, YouTube et Tumblr a contribué à en faire une force incroyable, non seulement d’un point de vue artistique, mais aussi médiatique.

À travers les médias il partage non seulement sa musique, mais se fait également l’apôtre du mode de vie « Based », fait d’amour, de swag, d’ouverture, de liberté, d’honnêteté et de sexe. B devient ainsi le « BasedGod » pour des milliers d’adeptes, qui prêtent serment de leur allégeance (souvent de manière peu orthodoxe) sur une base quotidienne.

Tant de questions sont soulevées par Lil B. Est-il un visionnaire culturel? Se fout-il de notre gueule? Est-il un magnat des médias? Certes, il a su rejoindre les gens d’une façon qu’on n’aurait jamais même pu imaginer il y a quinze ans de cela. Mais par-dessus tout, Lil B est un artiste qui n’a pas peur de se révéler en toute honnêteté. On pourrait discuter longuement de l’intégration de son processus créatif aux moyens de distribution ou du pouvoir inouï des médias sociaux. Mais en fin de compte, on n’y trouverait pas les réponses aux questions entourant sa musique. Lil B est un artiste génial parce qu’il crée des pièces poignantes, qui viennent des tripes et qui rejoignent les gens à un niveau affectif profond. Le phénomène qu’est Lil B est certainement un chapitre intéressant dans la petite histoire de l’Internet, mais si le public l’aime autant, c’est pour sa musique et son message.

Quel est ce message unificateur? La pièce « I Hate Myself », tirée de album I’m Gay (2011), commence avec un échantillon de « Iris », des Goo Goo Dolls. La musique se fait mélancolique, les beats sont erratiques. Lil B rappe sur la solitude, la haine et la division, sur son sentiment d’être incompris et sa recherche de l’amour. La pièce est sombre, mais une lueur d’espoir imprègne son flow. À la fin de la chanson, B affirme : « I’m ready to give up my old thoughts/ I’mma move past what I saw/ I’mma do what I want and be happy/ . . . Everything that I’ve seen was a lie/ I’m not ready to die/ I love myself. » (Je suis prêt à faire une croix sur mon passé / Je vais passer par dessus ce que j’ai vu / Je vais faire ce que je veux et être heureux / … Tout ce que j’ai vu était un mensonge / Je ne suis pas prêt à mourir / Je m’aime.) Dans ces quelques lignes, il fait un clin d’œil à la pièce phare du grand Notorious B.I.G, « Ready to Die », mais révolutionne le message en y insufflant une dose de vulnérabilité et d’honnêteté. C’est cette transformation positive, l’idée de nouveauté, de renaissance, de possibilités et d’amour qui font qu’on a tous envie de fourrer le « BasedGod ».

Lil B joue au Club Soda le 21 Septembre. Détails ici.