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Sister Nancy
Sister Nancy (Ophlin Russell) a ouvert la voie en tant que première femme deejay de dancehall jamaïcaine à connaître une renommée internationale. Son tube de 1982, « Bam Bam » — enregistré aux studios Channel One et publié sous le label Techniques de Winston Riley — repose sur le *riddim* Stalag, un groove aussi intemporel que le reggae lui-même.
L’expression « bam bam » trouve son origine chez Toots & The Maytals (1966), inscrivant ainsi la version de Nancy dans une tradition jamaïcaine plus profonde fondée sur l’échange rythmique de type « appel et réponse ». Son interprétation, toutefois, lui est propre : fougueuse, assurée et affirmée.
Née Ophlin Russell le 2 janvier 1962 à Kingston (Jamaïque), Sister Nancy a grandi au sein d’une famille nombreuse de quinze enfants, dans un foyer profondément religieux où son père officiait comme pasteur revivaliste. Malgré cet environnement conservateur, la musique l’a très tôt appelée. Inspirée par son frère aîné, Brigadier Jerry — l’un des deejays les plus respectés de Jamaïque —, elle a commencé à se produire sur des *sound systems* locaux dès l’adolescence, notamment avec Jah Love, puis Stereophonic aux côtés de General Echo. À une époque où la scène dancehall était quasi exclusivement masculine, elle a brisé les barrières en s’emparant du micro et en captivant la foule grâce à son assurance, son esprit vif et son sens du rythme. Son premier single, « Papa Dean », produit en 1980 par Winston Riley (label Techniques), a marqué le début d’une ère nouvelle pour les voix féminines dans le reggae.
Deux ans plus tard, son premier album *One Two* (1982) est entré dans l’histoire grâce au titre « Bam Bam », enregistré sur le légendaire *riddim* Stalag 17. Le groove contagieux et les paroles audacieuses de la chanson en ont fait un hymne planétaire, samplé par la suite des centaines de fois dans le hip-hop et la pop — de Lauryn Hill à Jay-Z. Bien qu’elle n’ait perçu aucune redevance pendant des décennies, la persévérance de Sister Nancy et sa victoire juridique finale ont symbolisé la reconquête de sa propriété artistique. Aujourd’hui célébrée comme la première femme à s’être imposée dans l’univers du dancehall — un milieu dominé par les hommes —, elle demeure une icône culturelle dont la voix et le message continuent de résonner à travers les générations, dans le reggae et au-delà.
